THÈME
IX
L'ACTIVITÉ
DIESEL-ELECTRIQUE
(de 1972 à 1995
suite)
La révision des locomotives diesel électriques
La réparation des organes des locomotives diesels-électriques
L’approvisionnement
Le DIPLODOCUS en révision à Quatre Mares
suite ....
La révision
des locomotives diesel électriques
Nous
allons suivre ensemble le déroulement des différentes étapes que franchit une
locomotive diesel-électrique entre le moment où elle entre en révision et sa
sortie des ateliers.
La programmation d’entrée d’une locomotive en révision est
établie par le Service Production de Q.M.. Comme nous l’avons vu dans le
chapitre précédent le déclenchement des passages en révision est fonction du
kilométrage que l’engin a effectué. La révision d’une locomotive représente
alors plus de 200 tâches (travaux de démontage, d’expertise, d’assemblage, de
remise en état, de manutention, d’essais, de dépannage, de retouches) et elle
concerne une dizaine de spécialités différentes (mécaniciens, freinistes,
thermiciens, électriciens, chaudronniers, peintres, tuyauteurs, soudeur,
manutentionnaires etc..). Le tout représente environ 2300 heures de travail -
auxquels viennent s’ajouter le temps nécessaire à la remise en état des pièces -
réparties sur une trentaine de jours de travail. En moyenne 10 agents
interviennent chaque jour sur chaque machine en révision.
Au jour “ J ”, c’est à dire à l’instant où la locomotive franchit
la lourde porte métallique du “ Montage ”, va commencer pour elle une cure de
jouvence. Arrivée par ses propres moyens ou amenée par un locotracteur la
machine prend place sur une voie de démontage. La première intervention qui est
réalisée, appelée le “ Dépotage ”, consiste à vidanger la locomotive de son eau,
de son carburant et son huile. Exsangue, si l’on peut dire, il peut alors être
procédé au démontage de ses composants. La durée des opérations s’étalera sur
deux jours. L’ordre des opérations de démontage obéit à un programme élaboré
dans le but d’éviter aux différents corps de métier de se trouver dans un même
endroit au même moment. Ainsi l’opération suivante consiste à ôter de la
locomotive sa toiture. Une fois déposés, les éléments qui la composent et qui
sont appelés couramment “ Pavillons ” sont disposés sur des pieds spécifiques
dans un chantier proche de la voie de démontage. Ceci fait une équipe se charge
de les déséquiper afin de les envoyer rapidement dans l’aire de lavage adjacente
à la voie de démontage appelée “ Zone 13 ”. A l’intérieur de la locomotive
découverte cela va déjà beaucoup mieux. Les mécaniciens, les électriciens et les
freinistes, spécialisés à cette série de machines, s’affairent alors en tous les
points de la machine et déposent les pièces soumises à révision ou devant être
échangées.
L’état général de salissure de la locomotive est tel que les
paires de bleus des agents à la fin du démontage seront bonnes pour le
nettoyage. Chaque semaine une centaine de paires de bleus seront ainsi envoyées
dans une entreprise privée de nettoyage. Au fur et à mesure de leur démontage,
les pièces de la machine seront placées dans des nacelles spéciales. Numérotées
à l’aide d’étiquettes métalliques, pour ne pas être mélangées à celles d’autres
engins, elles suivront un cycle de nettoyage comprenant pour la plupart des
bains spécifiques en fonction de leur nature (acier ou aluminium). Les
tuyauteries en acier recevront de plus un traitement anticorrosion.

Les sous-ensembles, tels que le groupe électrogène appelé
couramment “ le MD ”, le groupe réfrigérant qui lui s’entend appelé “ le Frigo ”
et l’armoire d’appareillage électrique que l’on nomme, le plus simplement du
monde, “ l’Armoire Électrique ”, sont extraits de la caisse à l’aide des ponts
roulants de 60 tonnes. Préalablement nettoyés, ces sous-ensembles sont ensuite
dirigés vers les chantiers spécialisés des ateliers divisionnaires pour y subir
les révisions et réparations prévues.

levée de caisse pour la 68519 après démontage
Vidée de la majeure partie de ses constituants la locomotive est
alors soulevée et placée à l’aide des ponts, jumelés pour l’occasion, dans
l’aire de lavage dont on à retiré les pavillons. Nettoyée de fond en comble et
ses réservoirs à combustibles dégazés, elle prend place ensuite dans le hall C
sur un des postes de révision vacants. Les bogies restés au sol sont expédiés
directement dans le hall A où ils subiront parallèlement aux caisses un
cheminement analogue. Les interventions des équipes commencent alors
méthodiquement. Il est procédé à la remise en état de l’ossature de caisse, de
ses parois extérieures puis intérieures. Ces travaux, qui font suite à des
expertises minutieuses, amènent bien souvent à des opérations de chaudronnerie
diverses. Progressivement la caisse rénovée se voit alors rééquipée. Les
sous-ensembles reviennent alors des divers ateliers et reprennent successivement
leur place dans la caisse. Les câblages électriques, les portes intérieures et
extérieures, les ameublements des cabines de conduite ainsi que les revêtements
de sol, les équipements de frein, les réservoirs d’air, les soutes à gasoil etc..
sont, soit remis en état, soit remplacés.

mise sur bogies de la A1A A1A 68071
La locomotive est reposée ensuite sur ses bogies, préalablement
mis en place sur une voie de sortie, à l’extrémité du hall C côté Paris. Après
avoir effectué sur fosse les opérations de liaisons bogies-caisse on procède aux
multiples essais des appareillages électriques et de frein avant d’entrer en
phase de rodage puis de tarage de la locomotive. Pour certains moteurs, le
rodage est effectué avant la mise en caisse de ce dernier. Un essai en ligne
servira de dernier contrôle et permettra, à la suite de retouches éventuelles,
de renvoyer la locomotive vers son Dépôt titulaire avec un maximum de
garanties.
La durée d’immobilisation des locomotives dans l’enceinte des
ateliers de Q.M. fait l’objet d’une étude poussée. Chaque intervention comme
nous venons de le voir suit un ordre chronologique planifié. Les interventions
des équipes sur les divers sous ensembles et sur les caisses suivent un
programme commun qui fait l’objet d’un rapport journalier afin de permettre le
retour et le remontage de tous les sous-ensembles en temps voulu dans les
caisses.
Le schéma ci-dessus est appliqué à toutes les séries pour chaque
type de révision. Cependant les cas particuliers représentés par les
interventions effectués sur les locomotives accidentées (collisions ou
incendies) ou entrant à Q.M. pour un échange d’organe avarié verront ce schéma
varier en fonction des expertises réalisées et des possibilités de prise en
mains. En moyenne une centaine de locomotives, toutes séries confondues, entrent
et sortent ainsi par an des Ateliers de Quatre Mares.
La réparation des organes des locomotives diesels-électriques
La
révision des locomotives à Q.M. ne représente toutefois que
30% de la production de l’établissement. La réparation des organes représente la
part la plus importante avec 70% du chiffre d'affaires. Aux pièces déposées des
machines en révision à Q.M s’ajoutent en effet celles en provenance des divers
dépôts et des magasins d’approvisionnements de la S.N.C.F.. Acheminées par le
rail ou par la route elles viennent subir les révisions et réparations
nécessaires dans les différents ateliers spécialisés de Quatre Mares. Cette
réalité induit pour les ateliers A1,A2, A4, A6 et A7 la prise en charge de
travaux liés plus à la notion de constitution d’un volant de pièces de rechanges
(stock minimum) qu’à la notion de sortie d’engin.
Voici, dans les grandes lignes, comment sont réparties les
activités dans les ateliers spécialisés de Quatre Mares.
L’atelier A1 est spécialisé dans les travaux de chaudronnerie, de
soudure, de peinture et de révision des groupes réfrigérants. La chaudronnerie à
la charge de la réparation des tôleries et des ossatures des caisses abîmées par
le nombre des années, les collisions ou encore les incendies. Les Chaudronniers
redressent les caisses ou change parfois des parties considérables de leurs
structures que ce soit dans le hall C pour les petites interventions ou dans le
hall H quand l’ampleur des travaux devient trop importante.

travaux de chaudronnerie sur une BB67400
Dans le hall H ils
réalisent des confections en série de pièces de chaudronnerie (tôles ou
profilés) nécessitant l’utilisation de machines à découper, à cintrer ou encore
à souder. En somme tout ce qui se tord, se plie, se roule, se cintre, s’allonge
ou se rétreint est leur domaine. La soudure est un prolongement naturel de la
fonction chaudronnerie. Comme du temps de la vapeur cette spécialité représente
une charge très importante dans les opérations sur les locomotives mais aussi
dans les confections de pièces neuves. A la maîtrise des diverses techniques de
soudages toujours à la pointe du progrès il faut ajouter celle particulière du
rechargement des pièces arrivées à leur limite d’usure. La peinture des
locomotives et des organes est aussi placée sous l’autorité de l’atelier A1. Les
opérations de peinture sont réalisées soit dans le hall H, équipé d’une hotte et
d’une chaîne de peinture spéciale, soit dans les ateliers pour certains organes
comme les moteurs par exemple pour lesquels une cabine a été construite dans le
hall A et l’intérieur des locomotives sur les postes de révision du hall C.
L’extérieur des caisses de locomotive sera peint pendant 20 ans sur les voies de
sorties du hall C avant qu’une cabine de peinture soit construite à l’extérieur
du bâtiment principal en 1985.
Cette dernière permet l’usage des techniques
modernes notamment l’utilisation des peintures polyuréthannes ou encore des
peintures à l’eau vernies. La révision des groupes réfrigérants de locomotive en
révision à Q.M fait aussi partie des travaux de A1. Ce sous-ensemble est capital
pour la durée de vie des moteurs diesel car il assure leur refroidissement. Le
chantier sera déplacé plusieurs fois pour des raisons diverses et élira tantôt
domicile dans le hall A tantôt dans le hall C ou le hall H..
L’usinage est le domaine de l’atelier A2 qui, dans les demi-halls
D et E côté Paris, rassemble la majeure partie du patrimoine machines-outils de
Quatre Mares. La totalité des confections à réaliser sur tours, rectifieuses,
perceuses à colonnes etc.. lui incombe.

De l’usinage en série de pièces aux
dimensions réduites à l’usinage des châssis de bogie et des bâtis de moteur, la
majeur partie de ce qui est nécessaire à la révision et à l’entretien des
locomotives est réalisé par ses agents.
Dans l’atelier A3 les équipes de mécaniciens s’étalent sur toute
la surface du hall C. Spécialisées à l’origine par séries d’engins, ces équipes
se spécialiseront au début de l’année 1977 dans les tâches de mêmes types. Cette
réorganisation, appelé à Q.M. le “ découpage horizontal ”, était imposée par
l’augmentation considérable des révisions prévues annuellement pour la série BB
67400 ce qui aurait obligé l’établissement à dupliquer l’équipe. Les agents et
les équipes furent donc spécialisés par domaines d'activité. ( Une équipe pour
les pavillons de toutes les séries, une équipe pour les cabines de conduite etc.
..).

l'atelier A3
En 1978, l’établissement fort d’une expérience fructueuse à
l’atelier des moteurs diesels généralisera l'organisation scientifique du
travail pour le montage des locomotives. Des graphiques PERT exposés dans
l'atelier permettaient de programmer les travaux prévus avec une précision sans
équivoque; sur le papier tout du moins !... Mais si le temps de travail d’un
intervenant dépassait l’horaire prévu, toute l'organisation en aval s’écroulait.
Cette expérience ne durera en fait pas très longtemps. Bien que logique, on se
rend vite compte sur le terrain qu’il est très difficile de programmer des
travaux de révisions comme lors de la construction de matériel neuf. Des
événements imprévus comme la découverte d'une vis cassée peuvent fréquemment
bousculer les prévisions et ainsi nécessiter une demie journée de travail là où
une demi-heure aurait suffi. Les organisations successives, en fonction des
charges annuelles imposées, virent même parfois la nécessité de créer dans
l’atelier A3 une équipe spécialisée aux réparations accidentelles chargée de
remplacer un ou des organes endommagés (échange du moteur diesel, du groupe
réfrigérant, des bogies etc.. ayant subis des avaries). Lorsque ce ne fut pas le
cas, cette charge a été supporté par les équipes caisses par série d’engins.
C’est sous la responsabilité de l’atelier A4 que
sont placé la révision des bogies et la réparation des essieux de locomotives.
La révision des bogies est réalisée dans le hall A.

mise en place d'un moteur de traction sur un bogie de CC 72000
Tout comme les caisses des
locomotives les bogies sont déshabillés complètement et leurs structures sont
soumises à une expertise très poussée avant d’être rééquipés de leurs moteurs et
essieux. Après des essais de fonctionnement ils sont acheminés vers le hall C et
reprennent place sous leur caisse.
L’activité Essieux occupe l’atelier dit “ des
Roues ”. La charge essieux comprend en plus de celle des locomotives diesel en
révision à Q.M., celle nettement supérieure d’essieux d’automotrices ainsi que de voitures
et de wagons.

examen magnétoscopique d'un essieu
On trouve dans l’atelier des Roues des machines-outils aux
dimensions adaptées. Aux nombreux tours il faut ajouter les machines à caler et
à décaler les roues des essieux.
calage des roues sur un essieu
L’atelier A5 était, depuis 1970,
le nom donné aux anciens ateliers de Buddicom. A la fermeture de ces bâtiments
au cours des années 80 cette appellation est
attribuée aux équipes d’entretien des installations et outillages. Bien que cet
atelier ne soit pas lié directement à la production sa charge y contribue en
quelque sorte. En fait toutes les machines-outils de l’établissement sont
révisées par ses agents. Ajoutez à cela que l’entretien des engins de levage et
de manutention, et de toutes les installations électriques de confort ainsi que
le chauffage des divers bâtiments et ateliers de Q.M. est leur domaine.
L’atelier A6 est spécialisé dans l’équipement électrique des
engins. Ses chantiers sont installés dans les demi-halls D, E et F côté Rouen.
Dans le demi-hall D nous trouvons les équipes chargées de la révision des
groupes tournants électriques tels que les générateurs toutes séries et les
moteurs de traction. Des équipes spécialisées interviennent alors jusque dans la
carcasse même des stators (les rotors sont révisés dans les ateliers d’Oullins).
Des installations de nettoyage et d'étuvage particulières à ces techniques y
sont installées.

pupitre de conduite
Dans le demi-hall E côté Rouen sont révisés, voire modifiés,
les pupitres de conduite de toutes les séries de locomotives réparées à Q.M.
ainsi que quelques éléments indispensables au fonctionnement électrique des
locomotives entre autres les contacteurs de ligne et les retours de courant. Une
partie de ce demi-hall est occupée par des équipes chargées de la révision des
équipements électriques et des armoires d’appareillages électriques des
locomotives en révision à Q.M..

armoire électrique de CC72000

armoire électrique de BB 67000
Bien que depuis la conversion ces équipes
étaient placées au même titre que toutes les spécialités électriques sous la
direction de l’atelier A6 elles seront placées au début de l’année 1992 sous
celle de l’atelier A3. Elles seront regroupées avec les équipes mécaniques par
série de machines en deux sections distinctes regroupant d’une part les séries
CC 72000 et A1A-A1A 68000/500 et d’autre part les BB 67000/200/300/400 et les BB
63000 dans le but de faciliter l’organisation et le suivi des révisions. Dans le
demi-hall F, côté Rouen, sont réalisées les révisions des Auxiliaires (nom donné
à Q.M. aux ventilateurs des moteurs de traction), des appareils “ Start Pilot ”
servant au démarrage à froid des moteurs diesel, des renvois d’angle des groupes
réfrigérants etc.. C’est aussi dans cette équipe que sont préparés, en fonction
des séries d’engins, les compresseurs d’air qui sont révisés aux ateliers de
Nevers. Un chantier de bourrellerie est chargé de la réparation ou de la
confection de tous les soufflets de liaisons, joints et autres pièces fabriquées
en cuir, en papier spécial ou encore en toile ainsi que des filtres en crin et
des tuyaux flexibles de raccordement.

Une équipe spécialisée aux confections de
pièces en complexe de polyester occupe l’ancien bâtiment des traitements
thermique situé à l’extérieur du bâtiment principal dans la cour Nord. Parmi ses
activités nous pouvons citer la réparation et la confection de toutes les
parties en complexe de polyester montées dans et sur les locomotives. De plus,
il entre dans les fonctions de cette équipe le rôle de formateur national pour
la spécialité. Sous les ordres du même chef d’équipe se trouvent les menuisiers
dont certains sont modeleurs.
L’atelier A7 à la charge de l’activité thermique. Les moteurs
diesel sont démontés complètement dans le demi-hall A, côté Rouen. Les bâtis des
moteurs sont expertisés dans un chantier spécialisé situé à l’extrémité du hall
D côté Paris par la technique du ressuage (utilisation d’un produit pénétrant et
ensuite d’un révélateur qui a pour but de cerner les fissures).

stockage des vilebrequins

rectification d'un vilebrequin
Les vilebrequins
sont rectifiés dans un chantier situé à l’extrémité côté Paris du hall F.
Le
hall B est essentiellement réservé au remontage des moteurs thermiques et à la
révision de leurs constituants (culasses, pompes à huile, à gasoil, à eau, turbos, pompes
à injection, attelages pistons-bielles etc.).

révision d'une culasse

mise en place des segments sur des attelages bielles-pistons
Une fois remontés les moteurs sortent du hall B sur des remorques
routières et sont dirigés soit vers le banc d'essai situé à l'extérieur du
bâtiment extrémité Paris à proximité de la station de tarage soit dans le hall
où ils reprendront place dans les locomotives les moteurs étant alors rodés en
caisse.

passage au banc
d'essai d'un moteur Pielstick 16 PA 4
L’approvisionnement
Parmi
les changements notables apportés par l’arrivée du diesel à Quatre Mares, un
d’entre eux est l’arrivée de pièces de dimensions réduites en grande quantité.
La standardisation des locomotives a permis d’en symboliser la majeure partie
des constituants. La multitude de pièces différentes, en quantités suffisantes
pour le programme annuel de révision des locomotives, rend rapidement inadéquat
le magasin d’approvisionnement. Ce qui impose la construction en 1974 d’un
nouveau magasin.
La gestion du magasin est décomposée en 2 catégories distinctes.
La première comprend la gestion des pièces non réparables ou encore à coûts
réduits appelées “ Pièces Consommables ” qui sont achetées dans le secteur
privé. La seconde s’occupe de la gérance des pièces réparées dans
l’établissement ou dans les autres ateliers du matériel et pour lesquelles une
désignation particulière à été défini en fonction de leur coût plus ou moins
élevés de réparation. (PRM= Pièces Réparables Matériel, PRMD= Pièces Réparables
Matériel avec Dotation).
Il y a environ 11 000 symboles de pièces consommables stockés à
Q.M. Le magasin assure la gestion des ressources et des valeurs nationales pour
6700 d’entre eux. Le complément est géré par d’autres établissements de la
fonction “ matériel ”. La valeur de ce stock représentait en 1993 une valeur de
100 millions de francs. Le montant des pièces vendues aux différents
établissements clients sur une période d’un an se situe cette année là aux
alentours de 180 millions de francs. Pour les pièces gérées à Q.M. le délai
moyen écoulé entre la commande effectuée par le gestionnaire du symbole et la
réception des pièces venant de l’industrie privée est de 7.5 mois. Ce chiffre
permet de mesurer l’importance des prévisions de consommation. Environ 500
symboles de PRM et PRMD sont stockés dans l’établissement pour un chiffre
d’affaires estimé en 1993 à 345 millions de francs. Sur ces 500 pièces 267 sont
réparées et gérées à Q.M..

Au total il est compté 22000 entrées au stock par an, composées
de commandes passées dans le secteur privé et auprès des autres établissements
SNCF, et 9000 articles sorties du stock pour satisfaire les commandes effectuées
par les différents clients. Le taux de satisfaction des clients avoisine les
96%. Les demandes non satisfaites rapidement résultent de pénuries dont le taux
est d’environ 1%. A ces chiffres il faut ajouter environ 12000 réceptions
d’achats directs pour les matières non symbolisées. Pour mettre à la disposition
des utilisateurs, à pied d’œuvre, la majorité des pièces utilisées à la
réparation des engins ou des PRM et PRMD, des libres-services ont été installés
depuis le début de l’activité diesel. Quelques 6300 articles symbolisés sont
ainsi répartis en divers endroits des ateliers. Certains, tel que la
boulonnerie, le sont dans plusieurs endroits et porte à 7000 le nombre de boites
constituant des stocks avancés. Un service du magasin à la charge de la gestion
de ce stockage qui nécessite une visite permanente des boites. En effet, afin de
ne pas gêner la production il est nécessaire de détecter celles ayant atteint un
seuil minimum étudié en fonction des difficultés d’approvisionnement. Ce qui
génère plus de 35000 détections et livraisons par an.
Le stockage est réalisé dans le magasin à 90% sur des palettiers
et étagères, le reste est au sol. A titre d’exemple on pourrait évaluer les
stocks en kilomètre. Si on les mettait bout à bout, les palettes de grosses
pièces s’étaleraient sur 4 km. Les petites boîtes de pièces de dimensions plus
réduites quant à elles chemineraient sur 2.5km si on les mettait côte à côte.
Les pièces sont acheminées pour leur entrée ou leur sortie par
divers moyens de transport. Nos différents fournisseurs envoient à Q.M. environ
2500 wagons par an et le magasin en expédie 1650 à ses divers clients. Plus de
3000 camions transitent par an par le magasin pour y être chargés ou déchargés
partiellement ou totalement. Environ 4000 colis sont expédiés par an par le
SERNAM pour des masses comprise entre 2.5kg et 3 tonnes. Un service de plis
interne achemine 2000 plis par an pour des colis inférieurs à 5kg. Les services,
tels que la poste, les taxis-colis etc.., sont utilisés de façon marginale.
Hormis les PRM et PRMD dont la masse totale est difficilement
quantifiable, les différents clients de Q.M. achètent 10 000 tonnes de pièces
consommables.
L’ensemble de ces activités est assuré par une cinquantaine de
personnes afin de satisfaire au mieux les clients de Q.M. Au sein de ce
personnel deux d’entre eux assurent le contrôle qualitatif des pièces
réceptionnées de l’industrie privée et établissent, par an, environ 100 procès
verbaux d’anomalies qualitatives.
Le DIPLODOCUS en révision à Quatre Mares
Un
fait particulier allait marquer la fin de l’année 1975 avec l’entrée pour la
première fois à Q.M. de “ l’Engin Poseur de Travures de Voies
Ferrée ” (E.P.T.V.F.) plus connu sous le nom de “ DIPLODOCUS ”. Cet engin avait
été construit après la seconde guerre mondiale d’après les études menées par le
Service d’Étude du Matériel du Génie. Il avait pour but la remise en état du
réseau ferroviaire qui faisait apparaître la destruction de 2612 ponts rails
soit 112 km de brèches et de rétablir rapidement les circulations sur les voies
ferrées.
Les “ Ateliers de Construction SCHWARTZ-HAUMONT ” s’étaient vu
confier la construction du prototype baptisé “ X58 ”. Le montage de l’engin,
commencé en 1956 et terminé en 1958, fut entrepris dans les Ateliers “ MT ” de
Vitry-sur-Seine. Le “ Diplodocus ” sera remis le 8 et 9 octobre 1958 au 5e
Régiment du Génie de Versailles. Son coût de 420 MF de l’époque a
vraisemblablement entraîné l’annulation des quatre exemplaires initialement
prévus.

En configuration de travail, cet engin se présente comme une grue
à deux flèches symétriques montées sur un châssis orientable. L’une des flèches
porte la charge pouvant aller jusqu’à 40 mètres de long et d’un poids maximum de
51 tonnes. L’autre, le "contre poids", est constitué par un wagon spécial lesté
de 23 tonnes. Les deux flèches peuvent être utilisées indifféremment. Les
flèches s’orientent en tournant de 10 degrés à droite ou à gauche par rapport à
l’axe de la voie ce qui correspond à un déplacement transversal de 5,90 m de
l’extrémité des flèches. La longueur totale de l’ensemble dans cette
configuration est de 70,60 m (entre crochet). Sa largeur est de 3,10m et sa
hauteur de 10,15 m. Sans compter sa charge et son contrepoids l’ensemble pèse
218 tonnes. Sa vitesse de circulation en automoteur de 500 m/h à 8 km/h.
Par contre en configuration de route il forme une rame
indivisible de 5 wagons auxquels s’ajoutent deux voitures de cantonnements et un
wagon porte agrès. La longueur totale de la rame est de 150 m pour un poids de
420 tonnes. En position de route il s’inscrit au gabarit international
marchandises SNCF. jusqu’au rayon de 250m minimum de courbe. Il est remorqué par
une locomotive SNCF à la vitesse maximum de 80 km/h. La distance de montage en
ligne droite est de 56 m minimum.
L’emploi de cet engin militaire est défini prioritairement pour
des besoins de la défense. Cependant, en temps de paix il travaille quasi
exclusivement au profit de la SNCF. Cet emploi est réglementé par une convention
de 1960 fixant les conditions de mise à disposition du personnel et des
matériels ainsi que par une consigne générale SNCF fixant les conditions et les
modalités techniques d’emploi. Il est servi par un équipage composé d’un
officier, chef d’engin, d’un sous officier, pilote, et de quatre servants
militaires du rang ainsi que d’un cuisinier qui permet d’être entièrement
autonome sur le terrain.
Aujourd’hui sa capacité de levage est de 51 tonnes alors que les
grues routières ont des performances nettement supérieures (de 8 à 10 fois).
L’obligation de déplacer la caténaire et son coût de déplacement élevé sont des
limites à son emploie. Malgré ces contraintes, la rapidité de déplacement du
“ Diplodocus ” sur tout le territoire, sa rapidité de mise en oeuvre (45 mn)
sont des avantages certains. Contrairement aux grues routières, sa possibilité
d’accéder à toutes les brèches lui permet de poser ou déposer plusieurs tabliers
lourds à l’avancement, ou en double voie, un tablier sur la voie voisine en ne
disposant que d’une courte interruption de la circulation. Dans les cas de voie
unique, il peut amener lui même la charge sur le site.
L’arrivée du “ Diplodocus ” à Q.M. sera consécutive à l’accident
qui eue lieu sur un viaduc à Champigny sur Marne le 5 août 1975. Ce jour là, au
cour d’une manœuvre angulaire, l’engin se couche sur le côté. L’étendue des
dégâts est tel qu’une grue routière de 500 tonnes et la création d’une plate
forme au pied du viaduc sont nécessaire pour la récupération de l’engin. Les
éléments séparés sont amenés à Q.M. par le rail et par la route. Les expertises
et devis sont réalisés de novembre à décembre. Une des flèches est tellement en
mauvais état qu’elle doit être reconstruite entièrement dans l’industrie privée
alors que les wagons du convois sont dirigés sur les établissement SNCF de
Trappes et de Longueau. De janvier à juillet 1976 les agents de Q.M. procèdent
à la remise en état de l’engin et à sa révision générale. Certaines
modifications sont alors apportées et le 16 juillet 1976 le “ Diplodocus ” sort
de Q.M. pour rejoindre la gare de Versailles-Matelots où certaines interventions
électriques et hydrauliques seront achevées. De multiples mises au point
s’étaleront jusqu’en 1979. Il réalise depuis diverses opérations sur des sites
très souvent difficiles et dangereux. Les visites annuelles sont effectuées à
Q.M. où sa longueur, même lorsque ses éléments sont séparés, perturbe quelque
peu l’organisation des voies de sorties du hall C.
Bien que de conception relativement ancienne l’E.P.T.V.F
était apprécié pour ses qualités de précision, de rapidité et de
fiabilité. La possibilité d’emploi par la SNCF permettait d’avoir un équipage
parfaitement entraîné, un outil entretenu par des spécialistes, donc un engin en
permanence opérationnel et ceci à moindre frais.
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